Nicolas-Charles de Silvestre (1699 - 1767)

Nicolas-Charles de Silvestre (1699 - 1767)

Antoine Coypel : Portait de Nicolas Charles de Silvestre Antoine Coypel : Portait de Madeleine Le Bas
Nicolas-Charles de Silvestre et son épouse Madeleine Le Bas
Pastel de Charles Antoine Coypel

Dessinateur et graveur

Le plus jeune des enfants de Charles-François, fils d'Israël, avait obtenu deux brevets de survivance des charges dont son père était titulaire; le 10 avril 1714 (il venait d'atteindre sa quinzième année) il est maître à dessiner des pages de la Grande Ecurie, et le 10 février 1717 il devient maître à dessiner du Roi. Le 15 mars 1738, après le décès de son père, Louis XIV lui accorde le brevet de maître à dessiner en titre du Dauphin et des Enfants de France. Enfin le 30 décembre 1747, Nicolas-Charles fut reçu à l'Académie royale de peinture et de sculpture.

Le decès de Coypel survenu le 14 juin 1752, laissait vacante la place de garde des dessins du Cabinet du Roi ; Nicolas-Charles croyant y avoir des droits, s'empressa de la demander à M. de Vandières (frère de la Marquise de Pompadour, futur Marquis de Marigny), alors Directeur général des Bâtiments, qui donna la préférence à Cochin le fils.

Il faut savoir que le frère de la Pompadour revenait depuis peu d'un long séjour en Italie, accompagné de ... Nicolas Cochin.

Nicolas-Charles, mécontant écrivit une lettre de récrimination à M. de Vandières .

Le Marquis d'Argenson dans ses mémoires, fait allusion à cette lettre et avoue qu'elle valut à son auteur un emprisonnement au Fort-Lévêque. :

"3 août 1752 - M. Silvestre, maître à dessiner de M. le Dauphin, frère d'une demoiselle Silvestre, maitresse à dessiner de Mme la Dauphine, venue de Dresde après cette princesse, et qui passe pour la gouverner. Silvestre a donc demandé l'emploi de garde des dessins du Cabinet du Roi, vacant par la mort de Coypel. Mais M. de Vandières, qui en dispose, lui a préféré le fils de Cochin, fameux graveur. Silvestre a écrit à M. de Vandières une lettre injurieuse; il l'a montrée à sa soeur, la marquise de Pompadour et celle-ci au Roi, qui a fait mettre Silvestre au Fort- l'Évêque, où il est depuis quatre jours. Grande brouillerie du Dauphin,ou plutôt grande bouderie. Haine de la famille royale contre la favorite. Orage à la cour."

La lettre de Nicolas-Charles se trouve aux archives nationales, et est conçue en terme un peu vifs, mais pas aussi injurieux que voudrait le faire croire le marquis d'Argenson :

"Monsieur
On me mande tenir de vous que vous avez donné la place de garde des dessins à Monsieur Cochin, et cela dès le lendemain de la mort de Monsieur Coypel, quoique j'eusse eu l'honneur de vous prévenir et de vous la demander pour moi quatre heures après la mort du deffunt. Vous aves dit aussi, Monsieur, que vous aviez de bonnes raisons pour ne le pas déclarer. Je le conçois aisément; il a pu vous en coûter un peu pour convenir hautement de l'injustice que vous me faites. Ne persécutez pas, Monsieur, un honnête homme et un des plus anciens serviteurs du Roy, faites-vous honneur de rendre justice et comptez alors sur les sentiments sincères de
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Silvestre.
Paris, ce 29 juillet 1752.
A Monsieur
Monsieur de Vandières
Directeur général des Bâtiments du Roy
A Compiègne
"

La famille Silvestre faisait partie du « clan » rigoriste formé par le Dauphin, sa femme Marie-Josèphe de Saxe, et de Mesdames, les filles de Louis XV. Il ne pouvait s'entendre avec le groupe introduit à la Cour par Mme. de Pompadour.

Cette première lettre lui valut donc un (court) séjour à la prison d'Etat du For Lévêque qui était située quai de la Mégisserie, près de l'église St. Germain l'Auxerrois et fut détruite au début du XIXème siècle..

Nicolas charles écrivit une lettre pour présenter ses excuses le 1er août 1752. Il fut libéré peu de temps après.
La première lettre qui porte son cachet de cire personnel lui fut sans doute rendue au cours d'un entretien privé.

"Monsieur,

Monsieur, je ne puis attribuer ma détention présente à aucune autre raison sinon à la lettre que j'ai eu tout à la fois l'honneur et le malheur de vous écrire il y a peu de jours. Je n'avais pas apparemment choisi et pesé les termes ni réfléchi le style comme je le devais faire en prenant la liberté de vous écrire. Mais Monsieur ma raison se fera toujours honneur et un devoir de désavouer les fautes échappées dans l'ivresse de la douleur. Je ne puis donc me plaindre de la situation humiliante où je me trouve si je l'ai méritée en vous manquant par la forme. Car j'ose vous assurer que ne puis me reprocher d'avoir jamais eu le dessein de propos délibéré de manquer à des personnes qui me sont de beaucoup supérieures par les places éminentes qu'elles occupent comme à bien d'autres égards. J'ai fait une très grande faute sans doute, puisque je suis puni, et j'ai perpétré un tort irréparable vis-à-vis de vous. Ne soyez pas surpris, Monsieur, si je vous parais en doute sur la juste valeur de mes torts: je n'ai en vérité qu'une très confuse idée de ce que je puis avoir écrit dans le délire du chagrin, mais comme ma punition m'est un sûr garant de ma faute, je vous en fait, Monsieur, mes très humbles excuses. Permettez moi, Monsieur, s'il vous plait, de vous représenter qu'avant cette faute commise, je ne crois que vous ayez aucun reproche à me faire. Par quelle fatalité n'ai-je donc pu mériter votre protection? Je me suis conduit je pense comme je le devais: je me suis adressé directement à vous pour vous demander une place à laquelle je suis sensible bien plus par honneur que' par intérêt. Après vous avoir très humblement prié de vouloir bien m'être favorable, vous avez eu la bonté de me promettre d'en parler au Roi. J'ai plus fait, Monsieur, je vous ai demandé en grâce de vouloir bien me dire si vous destiniez cette place à quelqu'un et je vous ai assuré sur ma parole d'honnête homme que dans le cas où cela serait je me retirerait dans le moment et n'y penserait plus. Je vous parlais bien vrai, Monsieur, vous eûtes la bonté de me répondre que vous ne vous intéressiez aucunement et pour personne. Ce sont, Monsieur, vos propres termes. Je vous demandais ensuite si vous ne trouveriez pas mauvais que je fisse des demandes pour tâcher d'obtenir que de très grands protecteurs voulussent bien parler au Roi en ma faveur. Je ne vous cachai point quelles étaient les protections dont j'osais me flatter, et vous me fites la grâce de me répondre que non seulement vous ne le trouveriez pas mauvais, mais que vous le trouveriez très bon. Ce sont encore, Monsieur, vos propres termes, et sur le champs j'allais rendre compte à Monsieur le Dauphin de ce que je vous avais demandé et de tout ce que vous aviez eu la bonté de me répondre. Monsieur le Dauphin sur cela voulut bien m'accorder sa protection, et dès le soir même Monsieur le Dauphin, Madame la Dauphine et Mesdames eurent la bonté de demander au Roi la place pour moi. J'eu l'honneur de vous écrire le lendemain pour vous informer, vous solliciter de nouveau, et vous représenter aussi qu'en m'accordant la place de gard~ des dessins et le logement de Mr. Coypel, celui que j'occupe aux galeries du Louvre pouvait convenir à une personne que vous protégiez et qui avait l'expectative du premier logement vacant. J'ai fait plus encore, Monsieur, j'ai proposé de prendre la place sans appointement, n'ayant jamais eu pour objet que d'avoir à ma disposition le trésor des dessins du Roi pour en faire un digne et utile usage dans les temps de l'éducation des Princes, ayant l'honneur d'être maître à dessiner du Roi et des Princes. Monsieur de St.Philipe, frère de feu Mr.Coypel, et nombre d'honnêtes gens dignes de foi certifieront ce que j'ai l'honneur de vous dire. Fondé en espérance comme je l'étais, jugez Monsieur, je vous en prie, la révolution qu'a pu faire en moi une nouvelle à laquelle j'ai peut-être trop tôt ajouté foi. J'aurais dû, je l'avoue, attendre mon arrêt de votre bouche pour en être certain; d'autant que par l'avis qu'on me donnait on me disait que la place avait été donnée à Mr.Cochin, dès le lendemain de la mort de Mr.Coypel et que cela ne s'accordant pas à ce que vous aviez eu la bonté de me dire il y a fort peu de temps, qu'il n'y avait encore rien de fait. Je devais me tenir tranquille jusqu'à ce que je l'eusse appris de vous-même.
Ainsi tout concourt à prouver contre moy et l'a été une rivalité très mal placée de ma part et ~e très grande faute que j'ai faite et de laquelle, Monsieur, je prends la liberté de vous faire mes très humbles excuses. Et je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien me promettre de continuer à vous demander votre protection s'il en est temps encore. Une telle faute me rendrait elle indigne de votre bonté et de votre justice. J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec un très profond respect,

Ce 1er Août 1752 Votre très humble et obéissant serviteur.
"

Source : Christian Opperman

Documents :

 


© Site conçu et réalisé par Fabien de Silvestre