L'article est au sujet de la gravure "Veuë du Chasteau de Nuict en Bourgongne".
Dans le texte il est question d'une gravure que je récuse : il s'agit de cette carte postale faussement attribuée à silvestre
Certaines découvertes naissent d’un simple échange et se transforment peu à peu en véritable enquête historique. C’est précisément ce qui s’est produit avec une petite gravure ancienne représentant le « Château de Nuits », aujourd’hui conservée par notre commune.
Tout a commencé lors d’une conversation avec Jean -Louis Gonon, alors maire de Nuits-sur-Armançon. Nous évoquions le lavoir à « niveau variable » situé à la sortie du village en direction de Ravières. Je venais d’acquérir une ancienne photographie de ce lavoir afin d’enrichir ma collection de cartes postales consacrée à notre commune. Voyant l’intérêt que je portais à l’histoire locale, Monsieur Gonon me parla d’une gravure originale achetée par le Conseil municipal en 1996. Intrigué, j’acceptai immédiatement son invitation à venir la découvrir.
Lorsque je l’eus devant les yeux, ma première réaction fut la surprise. La gravure était de petite taille, à peine 18 centimètres sur 8, et pourtant quelque chose me troublait : malgré son titre, je ne reconnaissais absolument pas notre village. L’énigme semblait entière.
L’examen du cadre révéla un premier indice. Une enveloppe était fixée à l’arrière et contenait deux lettres datant du XIXᵉ siècle.
Dans la première, le vendeur de l’œuvre estimait qu’il pouvait s’agir d’une représentation de Nuits-Saint-Georges. La seconde était signée par Monsieur Duret, alors maire de Nuits-Saint-Georges. Son analyse était plus nuancée. Il envisageait d’abord que la gravure représente Nuys, une ville située près de Düsseldorf en Allemagne. Puis il avançait l’hypothèse qu’il pouvait s’agir de notre commune, alors connue sous le nom de Nuict. Cette confusion n’avait rien d’étonnant. Au XVIIᵉ siècle, plusieurs localités portaient des noms très proches : Nuys en Allemagne, Nuys correspondant à Nuits-Saint-Georges et Nuict pour Nuits-sur-Armançon. De quoi égarer plus d’un chercheur.
Monsieur Duret croyait reconnaître certainséléments du paysagelocal : le bourg fortifié, le château ou encore la chapelle de la ferme Saint-Marc. Pourtant, plusieurs détails ne concordaient pas. L’édifice religieux ne ressemblait pas vraiment à la chapelle connue aujourd’hui et la présence d’un pont paraissait difficile à expliquer.
L’enquête restait sans réponse.
Puis vint l’idée qui allait tout changer. Une personne suggéra que la gravure avait peut -être été imprimée à l’envers. L’hypothèse semblait audacieuse, mais un simple miroir permit de la vérifier. Et soudain, tout devint évident. Dans son reflet, l’image retrouvait sa véritable orientation. Le paysage prenait alors un tout autre sens. Le pont devenait identifiable, l’église retrouvait sa place, le château apparaissait clairement et la route reliant Nuits à Ravières se dessinait sous nos yeux, bien avant la plantation des platanes qui la bordent aujourd’hui.
Le mystère était résolu. L’explication est relativement simple. Lorsqu’un graveur reproduit un dessin sur une plaque de cuivre, l’image imprimée apparaît ensuite inversée. Pour obtenir un résultat fidèle, il doit donc graver le dessin à l’envers, exercice particulièrement difficile. Il arrive ainsi que certaines vues soient reproduites sans cette inversion préalable, donnant une image finale semblable à un reflet dans un miroir. C’est exactement ce qui semble s’être produit ici.
Une fois l’énigme résolue, restait à imaginer l’endroit où l’artiste avait posé son regard. La perspective laisse penser qu’il se trouvait sur les hauteurs situées au -dessus de l’actuel site des établissements Rocamat à Ravières. On l’imagine volontiers assis dans l’herbe, son carton à dessin posé sur les genoux, observant le village et ses alentours. Sous son crayon prennent forme le château, l’église, les remparts et les chemins qui structurent alors la vie de la communauté. Nous sommes en 1658. Près de trois siècles et demi plus tard, cette scène demeure intacte sur le papier. Grâce à cette gravure, un instant du passé nous est parvenu, comme figé dans le temps.
L’auteur de l’œuvre originale n’est autre qu’Israël Silvestre (1621 -1691), dessinateur et graveur du roi. Célèbre pour ses représentations de villes, de monuments et de paysages, il a laissé une œuvre considérable qui constitue aujourd’hui une source précieuse pour les historiens.
Son descendant, [Fabien de Silvestre](https://israel.silvestre.fr), a consacré un important travail de recensement de ses créations.
Pendant longtemps, la localisation de la gravure de Nuits-sur-Armançon manquait à cet inventaire. Un détail continue toutefois d’interroger les spécialistes. Selon Fabien de Silvestre, le pont représenté sur l’image ne correspond pas entièrement au style habituel de son ancêtre. Les personnages et certains éléments graphiques pourraient avoir été ajoutés ou réalisés par l’un de ses élèves.
Quelles que soient les réponses que l’avenir apportera, cette gravure demeure un trésor pour notre commune. Longtemps oubliée, elle a retrouvé sa place dans le patrimoine local et nous offre aujourd’hui un regard rare et précieux sur le visage de Nuits -sur-Armançon au milieu du XVIIᵉ siècle.
Article de Gabriel Dupays, secondé d’une intelligence Artificielle
La mystérieuse gravure de Nuits-sur-Armançon
novembre 2026
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