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Lettre de Marie-Maximilienne de Silvestre au comte de Wackerbarth - 12 mai 1754

Marie-Maximilienne de Silvestre -comte de Wackerbarth


Lettre de Marie-Maximilienne de Silvestre au comte de Wackerbarth
12 mai 1754
Source : Edouard de SILVESTRE - Renseignements sur quels peintres et graveurs des XVIIème et XVIIIème siècles Israël Silvestre et ses descendants Edouard de Silvestre - 1869


Transcription

Versailles, ce 12 may 1754.

MONSEIGNEUR,

Il y a quinze jours que Mme la Dauphine m'a fait la grâce de me charger pour vous d'une commission qui m'est extrêmement agréable ; c'est de vous faire parvenir la lettre ci-jointe, accompagnée d'une boite que vous trouverez, je crois, tout à fait de votre goût ; mais j'ai bien assuré que ce qui la rendra, à vos yeux, d'un prix inestimable, c'est la main dont elle vous vient. Vous savez déjà que celle qui a été apportée par mon frère a paru si excellente à Mgr le Dauphin, qu'il se l'est appropriée, et qu’il dit agréablement qu'elle fait la douceur de sa vie.

La santé de M.me la Dauphine est parfaite. Cette grossesse est des plus heureuses, et elle n'en ressent pas la plus légère incommodité. Il n'en est pas de même de Madame. Sans perdre ni le sommeil ni l'appétit, avec un teint et des yeux excellents, en très peu de temps elle a cessé de pouvoir marcher, et ne se soutient nullement sur ses jambes. Cela nous donne beaucoup de soucis, d'autant que les médecins ne disent pas positivement à quoi l'on peut attribuer un changement si prompt et‘ si inquiétant. C'est vraiment bien douloureux, car il n'y a rien de plus intéressant et de plus spirituel que cette aimable et chère enfant. Tout nous épouvante depuis la perte que nous avons faite.

Mr de Vaudeville, avec la boîte, remettra aussi à Votre Excellence un exemplaire de la Galerie de Versailles que je prends la liberté de lui offrir, a elle qui a toujours aimé et protégé les arts. Je ne l'ai pas fait relier, parce que l'éditeur, qui est de mes amis, a bien voulu choisir les épreuves avec le plus grand soin, et que je suis persuadée qu'elles perdent toujours de leur netteté et de leur éclat par les fatigues de la reliure. Elles se conservent infiniment mieux quand on en a soin, et sont plus commodes à feuilleter. Il y a longtemps qu’il n'a paru de recueil d'estampes fait avec autant d'attention et d'exactitude.

Je vous remercie humblement. Monseigneur, de toutes les bontés dont vous avez comblé mon frère lors de son départ. Je vous supplie de vouloir bien lui continuer, ainsi qu'à sa femme et a ses enfants, vos bonnes grâces et votre protection. La joie qu’il a eue de revoir mon père a été excessive, mais un peu troublée par un rhume qui l'a tourmenté cet hiver. Il va mieux aujourd'hui ; mais l’assiduité à laquelle m'oblige la grossesse de M.me la Dauphine m'a empêchée d'aller à Paris depuis cinq semaines, et c'est ce qui fait que, si près les uns des autres, nous ne nous voyons pas. Madame la duchesse de Brancas attend les portraits avec bien de l'impatience, et me paraît bien touchée de cette marque d'attention de votre part. Sa santé est parfaitement rétablie. Nos inquiétudes sur celle de Mme la duchesse de Courlande sont heureusement dissipées ; Mme la Dauphine a été bien inquiète et bien touchée de l'état où elle s'est trouvée. Je vous supplie de me continuer vos bontés.

Je suis avec un profond respect, de Votre Excellence,
Monseigneur,
La très-humble et très-obéissante servante,
Marie de SILVESTRE.

 

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