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Lettre de Marie-Maximilienne de Silvestre au comte de Wackerbarth. - 17 février 1754

Marie-Maximilienne de Silvestre -comte de Wackerbarth


Lettre de Marie-Maximilienne de Silvestre au comte de Wackerbarth.
17 février 1754
Source : Edouard de SILVESTRE - Renseignements sur quels peintres et graveurs des XVIIème et XVIIIème siècles Israël Silvestre et ses descendants Edouard de Silvestre - 1869


Transcription

Versailles, 17 février 1754.

MONSEIGNEUR,

Votre lettre en date du 26 janvier a causé ici toute la joie imaginable, en nous apprenant l'heureuse délivrance de son Alt. Royale, Mme la Princesse Electorale, et la naissance d’un troisième fils. Je n'ai pas manqué de remettre, sur-le-champ, à Mme la Dauphine, la lettre incluse de S.A.R. Mgr le Prince Elect. Monseigneur le Dauphin était présent. On s'est entretenu longtemps du père, et du bonheur dont le ciel le comblait par la naissance de trois princes qui, grâce à Dieu ! sont en parfaite santé.

La grossesse de Mme la Dauphine ne semble plus douteuse ; j'espère que, au mois de septembre, nos vœux seront entièrement exaucés, et que Dieu nous donnera, pour comble de bonheur, un duc de Berry. L'heureux état où se trouve Mme la Dauphine m'a empêché de lui communiquer votre dernière lettre, en date du 3 février. Par suite de l'accident arrivé à S.A.R. dans les premières vingt-quatre heures de sa couche, Mgr le Dauphin, qui, d'ailleurs, a lu la lettre avec intérêt, a jugé a propos qu’on ne lui en parlàt point, de peur de lui donner un sujet d'inquiétude. Mais je lui ai rendu compte de la bonne santé de S.A.R., et de celle du jeune prince, son filleul, auquel elle paraît s'intéresser beaucoup. Je ne puis donc assez vous remercier, Monseigneur, d'avoir bien voulu me mettre a même de transmettre des nouvelles fraîches et sûres, et aussi intéressantes. Me la Dauphine garde la chambre depuis trois jours pour un rhume qui ne donne cependant aucune inquiétude, puisqu'il n'altère ni son sommeil, ni son appétit, ni sa beauté. Mgr le duc d'Aquitaine en a un aussi long que violent, accompagné de fièvre. On se rassure, parce qu'on ne doute plus que son malaise ne provienne de quatre dents prêtes à percer, ce qui est prodigieux pour un enfant de cinq mois, quelque bien portant qu'il soit d'ailleurs. Mgr le duc de Bourgogne et Madame jouissent de la plus parfaite santé, et ont assisté, aujourd'hui, en public, au dîner de Mme la Dauphine et de Mgr le Dauphin.

Je serais ravi de revoir mon frère et que mon père aussi le revit, si une cause aussi fâcheuse ne nous le ramenait ; mais je sais que, malheureusement, sa santé est dans un bien plus fâcheux état que ni lui ni sa femme ne le croient, et j'en suis dans la plus grande inquiétude, aussi bien que du parti violent qu’il a pris de faire le voyage dans la plus cruelle saison de l'année. J'ai des preuves si convaincantes, Monseigneur, de l'excès de vos bontés pour nous, que je me permettrai de vous demander une grâce qui peut contribuer à sa fortune et à celle de ses enfants. Je n'ai pas su son départ, et n'ai pu, par conséquent, lui indiquer de précautions a prendre. Il n'aura point de lettres de vousni pour Mme la duchesse de Brancas, ni pour Mme la Dauphine. Je vous supplie, Monseigneur, en répondant à la lettre ci-incluse qu'écrit la duchesse, de vouloir bien le recommander comme un homme qui a soin de sa famille, que Votre Excellence a toujours particulièrement protégé, et dont la conduite a mérité votre approbation. Je vous avoue que je voudrais profiter de son séjour ici pour obtenir de ces grâces qui sont si communes en France et que chacun peut espérer. La grâce serait complète si vous vouliez bien en toucher quelque chose à Mme la Dauphine.

Mr Guérin, ancien lecteur de l'université, m'a envoyé une lettre de Votre Excellence, datée d’Hubertsbourg. Je lui ai écrit, ct l'ai prié de m'envoyer un mémoire ou bien de m'indiquer où j'e pourrais le Voir à Paris. Je me ferai un devoir de lui rendre tous les services qui dépendent de moi. Je n'ai point encore de réponse de lui, et je ne sais ce qu'il souhaite.

Dieu vous donne assez longue vie, Monseigneur, pour voir les enfants de votre nouveau prince. Mon père vous offre ses profonds respects, ainsi que Mr l'abbé Allaire.

Je suis avec un entier respect et avec l'attachement le plus inviolable, de Votre Excellence,
Monseigneur,
La très-humble et très-obéissante servante,
Marie DE SILVESTRE.

 

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