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Lettre de Marie-Maximilienne de Silvestre au comte de Wackerbarth. - 16 septembre 1753

Marie-Maximilienne de Silvestre - comte de Wackerbarth.


Lettre de Marie-Maximilienne de Silvestre au comte de Wackerbarth.
16 septembre 1753
Source : Edouard de SILVESTRE - Renseignements sur quels peintres et graveurs des XVIIème et XVIIIème siècles Israël Silvestre et ses descendants Edouard de Silvestre - 1869


Transcription

Versailles, l6 septembre 1753.

MONSEIGNEUR,

On ne peut avoir de meilleures nouvelles à donner. Nous voici au neuvième jour des couches de M.mg la Dauphine, et, grâce à Dieu, sans le moindre accident ; Sa patience est sans exemple, comme sa douceur. Elle n'a sorti les mains de son lit que le cinquième jour, et, jusqu'à ce moment, elle n'a pris que d'excellent bouillon, toutes les trois heures; depuis, on lui a fait prendre deux potages et deux œufs frais par jourNote. Peu ou point de fièvre de lait, et tout allant pour le mieux. Son rétablissement sera très-prompt, ainsi que nous l'espérons, parce qu'elle n'a pas été affaiblie par un long travail, et qu'elle a eu de bonnes nuits.

Monsieur le duc d’Aquitaine profite d'un jour à l'autre. Il n'est pas tout à fait aussi fort qu'était Mr le duc de Bourgogne, ce qui tient à ce que les os sont plus petits. Il est beau et gras et plein de vie. Demain, lundi, Mme la Dauphine se fait une fête de se faire apporter ses trois enfants sur son lit ; je serais bien fâchée de manquer d'assister a ce touchant spectacle. Elle a été comblée des caresses, des attentions et de la joie de la famille royale. Le Roi et la Reine lui ont fait régulièrement quatre visites par jour, et cela avec une tendresse égale à celle que leurs Majestés Polonaises pourraient éprouver et manifester. Je puis dire aussi que c'est la première fois que j'ai vu cette auguste princesse et monseigneur le Dauphin se livrer a la joie et a une joie aussi vive. La grossesse avait été fâcheuse, et plus inquiétante que nous ne l'avions mandé à Dresde. Mme la Dauphine était faible, triste et languissante ; et elle m'a avoué qu'elle n'avait pas été, cette fois-ci, sans appréhensions ; ce qui ne lui était pas arrivé précédemment. D'ailleurs, je ne sais pourquoi personne ne se flattait d'avoir un prince. Enfin, Dieu qui l'aime et qu'elle sert si bien, l'a bénie de toutes les façons. Nous la regardons ici comme notre ange tutélaire : elle est, plus que jamais, le trésor et l'idole de la nation. Elle m'a ordonné de vous dire, Monseigneur, qn’elle avait reçu une lettre de vous, à laquelle elle comptait répondre il y a huit jours, mais que vous excuseriez sa négligence quand vous apprendriez l'affaire i qui l'avait occupée à ce moment. Elle s'intéresse beaucoup à l'heureux accouchement de Madame votre nièce, et lui souhaite un fils pour votre consolation, pour la sienne et celle de son cher époux.

Croyez-moi pénétrée de reconnaissance, Monseigneur, pour les infinies bontés que vous et vos chers enfants ne cessent de témoigner à toute ma famille. Je devrais vous faire les plus humbles excuses d'avoir été si longtemps sans vous écrire, mais je me suis vouée à une sujétion perpétuelle, unique reconnaissance que je puisse marquer à mon auguste Maîtresse pour toutes les bontés dont elle me comble.

Madame la duchesse de Brancas est extrêmement flattée de votre souvenir. Elle a soutenu les fatigues occasionnées par les couches de Mme la Dauphine, sans que sa santé en soit le moins du monde altérée ; loin de là, je la trouve tout engraissée et rajeunie.

Je finis, Monseigneur, en priant Votre Excellence de croire que-rien n’égale le profond respect avec lequel je suis,
Monseigneur,
Votre très-humble et très-obéissante servante,
M. DE SILVESTRE.

P. S. Je supplie Votre Excellence de ne faire nulle attention à tout le griffonnage de ma lettre ; j’écris à la dérobée, et n'ai qu’un moment. Madame la Dauphine m'a dit de vous écrire que Mer le duc d’Aquitaine se nomme Xavier. Mr l'abbé de Sailly est pénétré de reconnaissance pour votre charité envers son juif ; il dit que Dieu vous le rendra au centuple, et que vous êtes un ange.

Mr Charon est pleinement et parfaitement justifié ; il a vu Mme la Dauphine, grâce bien particulière ici, et qui a dû lui faire beaucoup de plaisir.

 

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