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Lettre de Marie-Maximilienne de Silvestre au comte de Wackerbarth - 8 avril 1751

Marie-Maximilienne de Silvestre - comte de Wackerbarth


Lettre de Marie-Maximilienne de Silvestre au comte de Wackerbarth
8 avril 1751
Source : Edouard de SILVESTRE - Renseignements sur quels peintres et graveurs des XVIIème et XVIIIème siècles Israël Silvestre et ses descendants Edouard de Silvestre - 1869


Transcription

MONSEIGNEUR,

Vous êtes bien bon et bien obligeant de vous souvenir de moi, et de prendre la peine d'écrire la plus gracieuse lettre du monde à une fille qui semble n'avoir payé que d’ingratitude toutes les bontés dont vous l'avez comblée à Dresde. Votre exemple, depuis que je l'ai sous les yeux, aurait dû m’apprendre que la sujétion la plus exacte auprès des maîtres ne dérange d'aucun devoir. Mais il faut, pour cela, avoir l'esprit d'ordre, la patience et les vertus de votre Excellence, dont je suis bien éloignée. Je vous supplie de croire que mon cœur n'est pour rien dans ces sortes de fautes, et que, toute ma vie, je serai pénétrée de la plus vive reconnaissance au souvenir de vos bontés.

Madame la Dauphine est dans l'état de santé le plus désirable : un peu maigre, mais gaie, fraîche, dormant bien, mangeant peu, mais avec appétit. Son heureuse grossesse est constatée : elle avance, à ce que l'on croit, dans son quatrième mois. On peut compter pour la moitié de septembre Note, ou, au plus tard, pour la fin. Comme elle se fait un vrai plaisir de vous écrire, je ne m'étendrai pas sur celui que je ressens à voir, de jour en jour, son esprit se former et s’orner de toutes les manières. Il se fait des développements dans son âme, qui attirent l’admiration de tous ceux qui l'entourent. L'union avec M. le Dauphin se resserre de plus en plus, et ils savent se rendre, mutuellement, aussi heureux qu'ils méritent de l'être. Leur piété profonde et modeste a édifié, en ce saint temps, toute la cour. Le service de la chapelle est la chose du monde la plus touchante ; et si l'on est obligé d'avouer, avec quelque confusion, qu’il se trouve, en ce pays, même à la cour, bien de la liberté de penser sur la religion, on doit dire aussi que la vraie et sincère piété n'en est pas bannie. L’humilité de la famille royale, les immenses charités qu'elle fait, attireront, je l'espère, sur elle, les bénédictions les plus désirées ; et nous verrons naître bientôt cet enfant, l'objet de tous nos vœux.

Les bontés qu'ont pour moi leurs Altesses Royales me pénètrent de la plus profonde gratitude. Quant au collier de M.me la princesse Royale, le joaillier doit l'apporter à M.me la Dauphine : je le remettrai à M. le comte de Bellegarde Note . J'aurais voulu que M. Hutin Note eût pu avoir le bonheur de le porter, mais il part trop tôt. Permettez-moi, Monseigneur, de vous recommander ce jeune homme qui est mon cousin germain, et qui, je crois, par ses mœurs et ses talents, mérite que vous daigniez l’honorer de votre protection, comme vous en avez, jusqu'ici, honoré toute notre famille.

M. des Issarts Note, depuis quinze jours, se porte beaucoup mieux ; et je crois pouvoir vous assurer, après tous les médecins, qu’il n’y a plus de danger pour sa vie. Il m'a donné beaucoup d'inquiétude, car il a été bien mal. Mon pauvre père m'en donne une infinie, par une maladie à peu près de la même nature, et bien plus difficile à guérir à l'âge avancé où il est. L'hiver a été cruel et l'est encore. Nous avons pensé perdre M.me de Brancas Note; ce qui aurait été une des plus grandes pertes qu'ont pu faire M.me la Dauphine. Le voyage entrepris dans cette rude saison a bien intéressé ma santé aussi. Tous mes différents devoirs et mille inquiétudes m'ont enlevé le temps où je devais et Voulais vous assurer, Monseigneur, du profond respect et de l'attachement inviolable avec lequel je serai, toute ma vie,

De Votre Excellence,
La très-humble et très-obéissante servante,
Marie de SILVESTRE.
Versailles, ce 8 avril 1751.

 

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